Une bonne technique d’interrogatoire : L’empathie.


Le mal, c’est l’absence d’empathie.


Nécessairement, l’enquêteur, pour un mis en cause, ne représente pas une planche de salut, l’homme aux pieds de qui on va se jeter pour les baiser, reconnaissant. Aucune reconnaissance de mise lorsque un individu vient de passer 24, 48, 72 ou 96 heures de son temps dans une cellule.
Confronté à un interrogateur, il considérera le plus souvent ce dernier comme un adversaire, un élément perturbateur. Plus rarement, comme un sauveur. Mais, dans les deux cas, un enquêteur est confronté à deux sentiments distincts aux effets souvent complémentaires: la crainte ou la colère. Ce sont des instincts fondamentaux. A maîtriser.

Un bon interrogateur, confronté à des réactions de crainte ou de colère de la part de celui qu’il veut interroger, devra donc désarmorcer celles ci. Comment ?

Premièrement, ne jamais perdre de vue que ces deux réactions, ces deux sentiments reposent sur l’affectif du sujet, sur ses émotions. Le premier travail de l’enquêteur sera donc de travailler à la modification des émotions de l’individu.
Le premier besoin psychologique de l’homme, d’après le psychologue Maslow, est le besoin de considération.

L’enquêteur ou le consultant qui l’assiste va donc devoir rétablir l’assouvissement de ce besoin, sévèrement mis à mal par un enfermement. Cela peut être réalisé en se plaçant dans une position de disponibilité active, c’est à dire, sans suspicion apparente. Aller à l’encontre du premier postulat selon lequel une personne qui cherche à en faire avouer une autre doit avoir la conviction que celle ci est coupable. Même si l’enquêteur a cette conviction, dans la technique de l’empathie, il la masque, au profit d’une affectueuse disponibilité.
- ça n’a pas été trop dur ?- vous avez l’air fatigué, mais c’est la procédure, que voulez vous, on n’y peut rien. - Mathieu, donne une autre chaise au Monsieur, celle ci est cassée. etc…etc…etc….
Bien sûr, ce témoignage de considération doit nécessairement s’accompagner de l’assouvissement d’un autre besoin, primordial, et plus important hiérarchiquement dans la pyramide de Maslow : le besoin physiologique. Un verre d’eau, un café, une boisson sera servie au mis en cause en sus de la ration qu’il a reçu pendant son séjour entre quatre murs. L’interrogateur prendra la même, pour actionner un autre principe majeur dans le déploiement d’empathie: la symétrie= prévenu et interrogateur partagent un goût simultanément.
S’en suit sans rentrer dans le vif de l’enquête des questions concernant la sphère affective du sujet: sa famille, son travail, etc….
Toute ces phases préalables n’ont pour but que de renforcer la malléabilité d’un sujet relativement suggestionnable. Ainsi, l’enquêteur avant de procéder de la sorte devra savoir comment le mis en cause s’est comporté pendant l’enfermement. Plus il a été agité, plus il aura souffert de l’enfermement, plus la technique de l’empathie sera efficace.
In fine, elle permet de créer un climat propice à une décharge des sentiments de culpabilité que le mis en cause peut avoir. Et donc, à un aveu.
Avantages:
- pratique sur les sujets fragiles pour un accouchement en douceur et une maîtrise quasi totale de leur interrogatoire- permet d’obtenir un rejet du prévenu de sa propre responsabilité, et donc, des informations sur les responsabilités d’hypothétiques complices- entraîne en cas de réussite un guidage total de l’interrogatoire, une maîtrise de l’interrogateur sur son sujet.

Inconvénients:
- totalement inopérante sur l’individu considérant l’interrogateur comme l’unique raison de sa présence sur les lieux- inopérante sur le délinquant d’habitude, rompu au système, qui profitera du confort offert spontanément par le gentil flic sans pour autant piper mot- prend plus de temps que d’autres méthodes, et, en cas d’échec, peut entraîner une plus grande frustration chez l’enquêteur qu’en privilégiant une autre technique.

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